Les « dons » sont… donnés, pas leur fructification, qui est toujours, par essence, un effort à faire, une lutte à livrer. Il faut toujours se battre pour réaliser ses possibilités, pour devenir réellement ce qu’on n’est forcément, au départ, que potentiellement.
Parce que ce qui n’existe pas encore ne saurait être attendu par ce qui existe : on n’attend pas ce qui n’est jamais encore advenu. Et l’inattendu dérange : le nouveau est toujours un intrus, son arrivée une intrusion. Le nouveau doit toujours forcer les portes de l’existence : toute naissance est une effraction, une infraction.
Mais la « résistance » à laquelle se heurte le nouveau, loin d’entraver son développement, en est la condition même, la condition des efforts créateurs, des progrès qu’il doit faire pour s’accomplir. Si l’idée nouvelle ne rencontre pas de résistance, pourquoi – et comment – la creuser ?
Ce sont les objections qu’elle soulève qui permettent, en les réfutant, de préciser une idée neuve, donc vague, c'est-à-dire, finalement, de la concrétiser.
Il ne suffit pas d’avoir des dons, il faut aussi avoir celui, le plus rare peut-être, de les fructifier, le don de la persévérance, de l’opiniâtreté.