(B)réflexions sur la vie qui va
Un médecin convaincu que son malade est incurable ne fera rien pour le guérir. Si on croit que le monde court inéluctablement à sa perte, on ne va rien tenter pour le sauver. Or, le monde, plus que jamais, est ce qu’en font les hommes : s’ils ne font rien, il est perdu.
Toutes les prophéties sont « autoréalisatrices » : l’idée qu’on se fait de l’avenir le détermine dans une large mesure, bien plus sans doute que les données objectives. Dis-moi ce que tu attends, je te dirai ce qui t’attend. Il n’y a pas de prophéties « objectives », l’avenir n’existant objectivement que quand il est… advenu.
La prophétie est subjective par essence : elle exprime, sinon un souhait, ou un penchant, en tout cas le fatalisme. Or, la fatalité est toujours négative : les choses vont à vau-l’eau quand on les laisse aller. Tous les prophètes sont de malheur.
On ne prédit pas l’avenir, on le fait : le prédire, c’est s’empêcher de le faire, l’empêcher de se faire. Le sage n’est ni pessimiste ni optimiste : il sait que l’avenir sera, pour l’essentiel, ce qu’on en fera.