(B)réflexions sur la vie qui va
Un homme, au supermarché, me demande cavalièrement de laisser ma place dans la queue à une femme avec son bébé. J'obtempère, mais l'intervention de cet homme me paraît moins motivée par la compassion que lui inspire cette femme que par la con-passion de se faire bien voir à mes dépens.
Car rien n'est plus éloigné du civisme, de la morale, que la contrainte d'autrui, l'essence de la morale étant la maîtrise, c'est-à-dire la contrainte, de soi. On contraint son prochain dans la mesure où on ne se contraint pas soi-même : c'est l'être immoral qui impose la morale aux autres.
La morale est le contraire de la contrainte, c'est-à-dire de la violence : le moraliste n'impose pas, mais propose. La seule violence que la morale admet est la violence défensive, celle dont on use contre la violence, pour l'endiguer.